

le podcast des Transitions Urbaines (PO-TU)
la FTU (Fabrique des Transitions Urbaines)
Bienvenue sur le podcast de la Fabrique des Transitions Urbaines. Nous donnons ici la parole à celles et ceux qui font la ville d'aujourd'hui et de demain.
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Sep 12, 2023 • 39min
#84 Alban Senault et Paul Citron · Occupation temporaire à Césure
L'université de Sorbonne Nouvelle quitte le site de Censier, niché au cœur du 5ème arrondissement parisien. Les bâtiments des années 1970 seront occupés à nouveau par des étudiants après des travaux de réaménagement et de désamiantage. Entre-temps, un créneau de deux ans s'ouvre pour un nouveau lieu éphémère : Césure.
L'EPAURIF, propriétaire des lieux, a contracté avec Plateau Urbain pour l'aménagement temporaire et l'animation des locaux pendant cette période. Les 25 000 m2 sont dédiés pour un temps aux savoirs inattendus, avec près de 200 structures accueillies (artistes, acteurs de l'ESS, médias indépendants...), 2000 étudiants qui fréquentent encore les lieux, une immense salle polyvalente de 900 m2, une bibliothèque universitaire transformée en cantine par Yes We Camp, un amphithéâtre et plein de recoins pour imaginer de belles choses.
Projet d'envergure, le montage de Césure a également été l'occasion de structurer un cadre juridique équilibré qui pourra servir à d'autres lieux, même beaucoup plus modestes. Plutôt que de naviguer dans un flou assez commun dans ce type d'opération, le bail précise les responsabilités, assure la transparence des relations sans pour autant figer les choses. Cette souplesse est essentielle tant les incertitudes sont nombreuses sur les aspects techniques comme les usages.
La multiplication des opérations et la professionnalisation des acteurs ont permis progressivement de développer des savoir-faire spécifiques de l'occupation temporaire. Créer les conditions techniques d'une occupation d'un bâtiment pour quelques années, c'est hybrider les pratiques de l'architecture de la transformation et celles de l'événementiel. À cela s'ajoute une attention soutenue à la sobriété des moyens déployés, quitte à faire des compromis sur les usages, et une relation étroite entre technique et programmation, que l'on retrouve dans l'organisation des lieux culturels.
Mais s'il faut traiter des questions très pragmatiques telles que les responsabilités assurantielles, la réglementation incendie, les branchements électriques ou les installations sanitaires, c'est bien pour accueillir des utilisateurs. Et à Césure, ils ne manquent pas. C'est tout un métier d'organiser ce bazar pour que chacun trouve sa place en laissant de la place aux autres, pour que le frottement soit créatif et pas douloureux, pour rendre tout cela lisible et ouvrir le lieu au quartier comme au reste du monde. C'est un tiers-lieu hybride par la multiplication des acteurs et des usages, un espace commun fugace, un espace public en fait. C'est un morceau de ville qui apparaît sur la carte pour un temps seulement, mais qui se pense et se gère comme tel.
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Sep 3, 2023 • 51min
#83 Florent Giry · Les rues parisiennes font leur métamorphose
À Paris, il n’y a pas que les grandes places ou le réseau des pistes cyclables qui transforment les espaces publics. Les rues du quotidien changent aussi progressivement de visage et d’usage. Quartier par quartier les habitantes et les habitants sont consultés pour proposer des transformations de leurs espaces publics. Rues aux écoles, développement de pistes cyclables secondaire, plantations d’arbres, mise en valeur du patrimoine… les propositions sont triées et mises en cohérence dans un programme de microtransformations des espaces publics du quotidien.
Pour mieux comprendre cette démarche, on échange aujourd’hui avec Florent Giry, qui est Adjoint au Maire de Paris Centre, en charge de la voirie, des mobilités et de la gestion des chantiers.
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Aug 26, 2023 • 35min
#82 Xavier Tackoen · La nouvelle vie de la gare de Jette
La Gare de Jette, au nord de Bruxelles, n’est pas une de ces gares abandonnées qui regardent passer les trains. Ici, ils s’arrêtent encore et sont même de plus en plus fréquentés. Mais le bâtiment de la gare n’a plus beaucoup d’utilité depuis que son dernier guichet a fermé. Et le lieu commence a subi dégradations et trafics, sous les yeux attristés des habitants qui voient ce morceau de patrimoine ferroviaire partir à la dérive. Car c’est une très belle petite gare de briques rouges, qui donne sur la place centrale judicieusement libérée du stationnement. Alors, pour remettre de la vie dans la Gare de Jette, la SNCB a lancé un appel à projets pour identifier un opérateur en mesure de lui trouver une nouvelle vocation.
C’est un nouveau pôle socioculturel ouvert qui est en train d’émerger sous nos yeux, « Staytion », porté par trois associations et un cabinet de conseil. L’objectif ? Que la gare ne soit plus un lieu par lequel on passe, mais une destination. Alors les activités s’y multiplient : espace d’information sur les mobilités, activités culturelles intergénérationnelles, cours de guitare, couture circulaire, spectacles, réunions de partis politiques… C’est devenu en quelque mois un pôle de la vie du quartier et ce soir l’ancien buffet de la gare accueille une formation à la mobilité partagée. La gare de Jette n’est pas simplement un bâtiment qui n’est plus vide, c’est déjà un nouvel équipement public polyvalent au cœur de la ville.
Pourtant, seuls 80 mètres carrés sont aujourd’hui mobilisés sur les 300 que compte la gare. Il faudrait deux millions d’euros pour remettre d’aplomb le reste avant d’y accueillir du public. Voilà pourquoi la nouvelle vie des lieux reste précaire. Les trois années qui s’ouvrent vont permettre de tester des usages, des organisations, et peut-être de démontrer par les faits l’importance des lieux et imposer cet investissement comme une évidence.
Mais on ne teste pas que des usages ici. Pour Espaces Mobilités, la société de conseil qui coordonne l’occupation temporaire, c’est aussi un moyen de passer du dire au faire, et de démontrer que de nouvelles méthodologies de projet sont désormais nécessaires. Nous prenons conscience qu’il nous faut accélérer la prise de décision, tout en facilitant la participation de chacun a l’élaboration des projets. Il faut donc accepter leur imperfection, et mettre plus d’énergie sur leur adaptation a posteriori que sur leur mise au point en amont. Mais cela nécessite de travailler au corps nos organisations, pour qu’elles acceptent l’échec comme une issue possible. Il faut aussi redonner le pouvoir aux acteurs de terrain de prendre des initiatives sans dissoudre leurs idées dans des processus de validation ubuesques. Pendant les confinements, l’urgence a permis bien des apprentissages, ne les oublions pas.
Je suis Sylvain Grisot, urbaniste, et j’échange aujourd’hui avec Xavier Tackoen, Administrateur délégué d’Espaces-Mobilités, qui nous raconte la nouvelle vie de la gare de Jette.
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→ www.staytion.be

Jul 10, 2023 • 48min
#81 Nicolas Quantin · Visite du quartier de l'Abbaye à Grenoble
La cité de l’Abbaye à Grenoble, c’est une quinzaine de bâtiments qui bientôt fêteront leur centenaire, pourtant rien ne présageait qu’ils passent ce cap. Quand des pathologies structurelles sont diagnostiquées en 2011, les locataires sont progressivement relogés par le bailleur social dans la perspective d’une tabula rasa permettant de relancer un nouveau cycle immobilier optimisé pour les normes constructives du moment. Mais il en faut du temps pour reloger plus de 200 familles. Près d’une décennie pendant laquelle les volets se sont fermés un à un, mais les esprits ouverts. Progressivement le maintien de la plupart des bâtiments s’est imposé comme une évidence. C’est sans doute le témoignage d’un changement d’époque, mais aussi d’une démarche de projet qui a su instiller un doute créatif en posant des questions simples et essentielles. Pourquoi démolir ce qui fonctionne ? Que peut-on faire de mieux à la place ? Alors le problème patrimonial du bailleur est progressivement devenu un enjeu urbain, puis un projet urbain aux contours encore flous.
Car garder l’existant c’est accepter l’incertitude, assumer le bricolage et se lancer dans l’aventure sans connaître la fin de l’histoire. C’est aussi prendre le temps, mais sans laisser du vide. Puisque le quartier est vivant, le projet doit respecter les dynamiques qui y vivent, et même en initier de nouvelles. L’occupation temporaire de l’îlot central des « Volets Verts » s’est donc imposé comme un moyen d’occupation des lieux et de préfiguration des usages futurs. Cinq dispositifs très différents (appropriation et préfiguration des espaces publics, présence des services publics, activités sociales et solidaires, actions socio-culturelles et hébergement inclusif) occupent donc les lieux pour trois à cinq ans, animés autour d’une gouvernance partagée associant les pilotes du projet urbain, les occupants et les riverains.
Inutile de chercher à tirer de grandes généralités d’un projet aussi contextuel, tissé pas à pas. À part peut-être que structurer une démarche transitoire demande d’y consacrer du temps, beaucoup de temps, quitte sans doute à ralentir le projet urbain. Mais si tout était allé vite, il ne resterait rien de la Cité. Peut-être faut-il prendre le temps de laisser mûrir les projets au contact des usages ? Et s’il fallait ralentir ?
Allons visiter la Cité de l’Abbaye en compagnie de Nicolas Quantin, chef de projet pour la ville de Grenoble, de Pascal Dobias, directeur de la Maison des Habitants Abbaye-Jouhaux et de Nicolas Tixier, de Bazar Urbain, du groupement de Maitrise d’œuvre Urbaine.
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Jun 26, 2023 • 38min
#80 Vincent Cotté · La rue commune
Quand on est attentif aux annonces des prémices de l’adaptation de nos villes au climat qui vient, on oscille entre les chiffres aussi importants que théoriques d’arbres à planter avant le fin du mandat, ou d’ambitieuses transformations d’espaces publics emblématiques qui vont de la place de la Mairie au boulevard qui change de peau pour accueillir un tramway.
Tout ça est bel et bien, mais l’adaptation de nos villes passe par la transformation de tous les espaces publics, même les plus banals. C’est a ça que s’attaque le projet Rue Commune, engagé dans le développement d’un guide qui doit permettre de transformer la rue métropolitaine ordinaire. Pourquoi celle-là ? Par ce qu’elle est aujourd’hui dédiée aux flux et au stationnement, alors que la proximité des transports en commun efficaces et le faible taux d’équipement des ménages en voiture permet d’envisager aujourd’hui un autre horizon.
On en discute avec Vincent Cottet, Paysagiste-urbaniste, associé chez Richez_Associés.
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Jun 20, 2023 • 42min
#79 Thomas Benoit · Animer les rez-de-chaussée vacants
Nous voilà à Crêt-de-Roc. La sonorité du nom pourrait nous amener sur un chemin de randonnée, mais non. Il s’agit d’un quartier précaire à Saint-Etienne, qui a subit de plein fouet la désindustrialisation. Dans une ville marquée au fer rouge par cette image, certains quartiers l’ont encore plus senti passée que d’autres, et restent bien éloignés de la capitale du design, cet imaginaire nouvellement créée.
Pourtant, il ne s’y passe pas rien dans ces quartiers. L’Etat y intervient, via l’ANRU notamment, pour réhabiliter des logements et en faire des espaces décents pour celles et ceux qui y logent. Mais rien n’y fait, les grilles des magasins sont toujours baissées et les couleurs de la rue ont des teintes peu chatoyantes. Ces espaces de rez-de-chaussée, à hauteur des yeux, font toute la différence, et définissent le dynamisme ou l’agonie d’une rue. C’est long et complexe de faire revivre ces espaces si spécifiques : il faut négocier avec chaque propriétaire, trouver des porteur·ses de projet qui tiennent la route, repenser les espaces pour séparer les entrées entre les logements dans le étages et le commerce du bas… Il y a de la demande, mais ça coince, ça n’avance pas.
C’est une association de quartier, Rue du Développement Durable (RDD), qui se positionne pour faire bouger les choses. Elle devient médiatrice entre les porteur·ses de projet et les propriétaires. Le discours est accessible, mais assez solide et expert pour être crédible. Le parcours de l’association est semé d’embuches, ce qui lui a permit d’apprendre de ses erreurs et de se renforcer. Comme cette tentative avortée de créer une foncière solidaire Crêt de Liens pour racheter les rez-de-chaussée vacants du quartier. La motivation était là, les habitant·es soutenaient le projet, mais les biens n’étaient pas mis en vente : peur de gérer une copropriété et peur de nouveaux usages. Les porteur·ses de projet n’étaient pas ceux qu’attendaient les propriétaires : un bar fait trop de bruit, un artisan qui débute a peu de moyen…
Alors tant pis ! Si les acteur·ices du territoire ne veulent pas fonctionner via une foncière, qu’à cela ne tienne, on fait différemment et on rebondit. RDD a développé d’autres outils d’accompagnement et de médiation sur le long terme, en proposant de l’animation de quartier plus ponctuelle, mais tout au long de l’année, et du portage locatif.
Si tous les rideaux métalliques ne sont pas tous remontés, la rue bouge et un vent de renouveau se déploie. Parfois, dans des espaces laissés à l’abandon, quelques habitant·es se retroussent les manches et font naître de belles solidarités. Sans fanfare, sans révolution, juste avec de petits moyens, mais qui rendent la rue d’en bas un peu plus passante et joyeuse.
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Pour aller plus loin :
- Le site de Rue du Développement Durable
- La ville inoccupée. Enjeux et défis des espaces urbains vacants, de Nadia Arab et Yoann Miot (Presse de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 2020)
- L'urbanisme transitoire à la sauce lilloise, dixit.net, avril 2021
- Pas de vacance pour la vacance, dixit.net, mai 2022
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May 23, 2023 • 46min
#78 Sophie Poirier · Le signal : amour et recul du trait de côte
La mer avance, doucement, sur nos littoraux, où nous avons construit si près, pour être toujours plus proche d’elle. Tout en détruisant lentement les écosystèmes qui la maintenait au large.
Le recul du trait de côte, bien que la formule soit imagée, fait peur à tout le monde. On y perçoit cette belle maison bourgeoise, cette maison de vacance pleine de sable ou même cette petite cabane de pêche, s’effondrer d’un bloc ou sombrer sous les vagues. C’est aussi un sujet très technique, car de quoi parle-t-on exactement ? De la mer qui monte ? Du sable, des cailloux, du sol qui s’effritent, qui s’étiolent ? Du corail qui ne fait plus rempart ? Des digues qui faiblissent ? Un peu de tout ça ?
Sophie Poirier vient frôler ces enjeux, ces questionnements, mais en prenant un pas de côté important, sous l’angle de l’amour et du deuil. C’est l’histoire d’une rencontre, en 2014, à Soulac-sur-Mer. C’est l’histoire d’une passion, d’une obsession même, non pas avec un humain, mais avec un bâtiment. Avec un bloc de béton en lente dégradation. Cet immeuble, qui a été le rêve de nombreuses familles dans les années 70, s’appelle le Signal. Il a fallut faire le deuil de sa première vie, quand ses occupants ont dû plier bagage à la hâte sur arrêté préfectoral, car il menaçait de s’écrouler. Il faut dire que chaque année, les vagues se rapprochaient toujours un peu plus. Mais il a aussi fallut faire le deuil de sa seconde vie, où abandonné face aux vagues, le bâtiment a accueillit, illégalement, celles et ceux qui cherchaient un refuge, un endroit de fête, ou la découverte de l’interdit.
Cet immeuble est tristement devenu célèbre, créant un précédent dans les expulsions face au risque du recul du trait de côte, souvent cité comme l’exemple à ne pas suivre. Sophie Poirier a raconté un autre versant de son histoire, lui redonnant couleurs et odeurs, ce qu’on oublie bien souvent, nous autres professionnel·les de la fabrique des territoires.
Ce regard poétique et compulsif prend bien plus aux tripes que n’importe quel rapport technique alarmiste, posant encore une fois la force des récits pour nous transformer. Et même si le Signal a bel et bien été détruit, le récit de cette rencontre n’en reste pas moins d’actualité face à toutes les ruines que nous avons construites et dont il nous faut nous occuper, avec soin.
Mais là, à l’abri dans cette voiture qui tangue sous les assauts du vent, avec devant les yeux Le Signal et la mer déchaînée, je comprends, c’est nous qui sommes dans la tourmente. C’est nous qu’il faut plaindre.
Pour commander l'ouvrage : https://www.leslibraires.fr/livre/20069700-le-signal-recit-d-un-amour-et-d-un-immeuble-sophie-poirier-inculte-derniere-marge
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May 23, 2023 • 48min
#77 Max Rousseau et Vincent Béal · Territoires en déclin
Mettons de premières lunettes, un peu lugubres. Que voyez vous ? Une grande rue aux façades décrépies, des panneaux “à vendre” sur les vitrines, des feuilles mortes soulevées par une légère brise, et partout, des bâtiments abandonnés. Les enfants sont partis, il ne reste plus que quelques personnes errantes dans ces rues tristes et grises, qui pourtant, il y a longtemps, ont du être resplendissantes.
Mettons maintenant une autre paire de lunettes, aux verres teintés de vert. Que voyez vous ? Des jardins potagers luxuriants, quoiqu’un peu en bazar, des tentatives low-tech d’éoliennes individuelles, des espaces en friche où la nature a repris ses droits. Et ça et là, des jeunes et des moins jeunes qui bavardent sur la nouvelle place du village, une ancienne usine réaffectée en lieu de vie commun et solidaire.
De multiples imaginaires prolifèrent sur les villes en déclin. Certain·es y voient la plus grande des décadences, notamment démographique, qui telle l’épée de Damoclès définit la réussite ou non du mandat du maire. D’autres y projettent la naissance d’une nouvelle société, plus sobre et plus locale, prenant racine dans des solidarités entre voisin·es.
C’est pour sortir de ces images toutes faites de l’effondrement ou de la post-croissance que Max Rousseau et Vincent Béal sont allés arpenter les rues de Cleveland, aux Etats-Unis. Une “ville ordinaire”, comme ils disent, permettant de prendre du recul et de monter en généralité, loin du parc d’attraction des décroissants qu’est peut-être devenue Detroit.
Car il ne faut pas s’y tromper, l’agriculture urbaine luxuriante de Cleveland est une agriculture de subsistance, bien éloignée de nos jardins d’écolo-bobo et de leurs petites tomates bio. Ici, des populations racisées n’ont plus accès au moindre commerce, ou alors bien trop loin de chez elles, ou bien trop chers. Si l’agriculture urbaine peut parfois être utilisée dans un objectif d’attractivité, elle peut aussi être synonyme de survie. En parcourant leur ouvrage, Plus vite que le coeur d’un mortel, on y comprend à quel point des politiques de décroissance peuvent parfois être socialement injustes et racistes.
Les auteurs appellent à des politiques de décroissances planifiées et pensées à travers les ressources internes du territoire. Des stratégies qui seraient tournées vers les besoins de la population déjà là, encore là, et qui prennent appui sur les liens de solidarité qui se créent, malgré tout. Une enquête qui montrent des expérimentations riches, ambiguës, parfois ratées, faites d’ordinaire et de débrouille.
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Pour aller plus loin :
Plus vite que le coeur d’un mortel. Désurbanisation et résistances dans l’Amérique abandonnée, Vincent Béal et Max Rousseau, éditions Grevis (2021)
Déclin urbain. La France dans une perspective internationale, Vincent Béal, Nicolas Cauchi-Duval et Max Rousseau, éditions du croquant (2022)
Sous les pavés la terre, Agricultures urbaines et résistances dans les métropoles, Flamina Paddeu, éditions Seuil (2021)
Hinterland. Nouveau paysage de classe et de conflit aux Etats-Unis, éditions Grevis (2022)
Detropia, documentaire réalisé par Heidi Ewing et Rachel Grady (2012)
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May 15, 2023 • 26min
#76 Arthur Corbin · Rue des Floralies
La rue des floralies portait mal son nom. Avant sa métamorphose, c’est un bout de lotissement des années 1960 niché à l’est de Nantes. Une petite rue de moins deux cents mètres dans son jus, qui dessert une vingtaine de maisons. Les trottoirs sont secs, une poignée d’arbres plantés dans un tarmac d’enrobé luttent pour leur survie, et les voitures se garent ou elle veulent.
Mais elle vient de se transformer cette rue des floralies. Simplement, par le dialogue, 350 m2 ont été gagnés sur le bitume pour constituer 650 m2 d’espace de nature dans la ville, et ce n’est pas rien. C’est juste une rue normale comme des centaines, comme des milliers d’autres. Mais celle-ci a déjà vécu sa métamorphose.
On en discute avec Arthur CORBIN, qui était a la manoeuvre pour Nantes Métropole de ce petit chantier qui - on l’espère - va faire beaucoup de petits.
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May 9, 2023 • 41min
#75 Guillaume Ethier · La ville analogique
Et si la Smart City n’était que le dernier avatar en date de l’hygiénisme ? Après la ville haussmannienne, le rêve des cités-jardins, les utopies paternalistes, le déferlement des grands ensembles ou l’idéal pavillonnaire, nous avons subi les promesses de flux régulés par l’Intelligence Artificielle, de rues bardées de caméras et de poubelles connectées.
L’urbanisme donne parfois l’impression d’être une suite de vaines tentatives pour mettre la ville au pas. Mais après avoir nourri les conférences et peuplé les salons professionnels, la Smart City semble à son tour s’étioler, sans avoir vraiment dépassé le statut de pépite marketing. Quand on peine encore à faire disparaître l’habitat indigne ou à réguler le stationnement des trottinettes, qui peut encore croire à une vie urbaine complètement régulée ? La Smart City est la somme d’une impasse écologique, d’un idéal de suroptimisation et de la tentation du contrôle social.
La ville ne sera donc pas intelligente, et à défaut d’être bête, elle restera bordélique et inefficace. Quoi de plus complexe et de moins géré qu’une ville ? On se laisse bercer par l’idée que nos autorités locales pilotent ce vaste ensemble, mais à part quelques fondamentaux qui permettent à l’eau de couler dans nos robinets, aux écoles d’ouvrir et aux tramways de rouler, le reste est le fait de millions de décisions individuelles prises dans un fourmillement créatif et malheureux qui est le propre de la densité urbaine.
Mais l’échec marketing de la Smart City ne dit pas que le numérique n’a rien changé à la ville. Notre vie est désormais scandée par le rythme des notifications, éclairée en permanence par les interfaces et orientée par le point bleu rassurant du GPS. Le numérique a changé nos vies, notre rapport à l’espace, notre économie et nécessairement nos villes.
Guillaume Ethier en prend acte, et n’a ni regrets ni nostalgie d’une ville d’avant. Mais en musicien qu’il est, il introduit du bruit dans la bande-son aseptisée de la ville numérique. Pas des sons désagréables, non, mais des irrégularités que seules autorisent les interfaces analogiques. Ces anomalies aux marges de la ville normalisée et optimisée, ont perduré sous les radars des interfaces acérés de la ville numérique. Mais Guillaume Ethier nous invite à les voir enfin, à les assumer et les déployer. Alors sa ville est lente, tangible, imparfaite. Intime parfois. Il nous invite à la parcourir et a explorer ses intuitions, sans chercher à faire modèle. Mais ce sont de ces interstices que naîtront les innovations dont nous avons besoin pour les combats futurs.
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