

Éco d'ici éco d'ailleurs
RFI
Chaque samedi, Bruno Faure ouvre les grands dossiers de l’actualité économique internationale avec les spécialistes du service Économie de RFI et les meilleurs experts. La globalisation et ses enjeux, l’émergence du continent africain, les mutations technologiques, les crises internationales, leur impact sur les situations économiques locales et sur les populations sont au programme d’Éco d’Ici, Éco d’Ailleurs. *** Diffusions le samedi (vers toutes cibles), à 10h10 TU et 23h10 TU.
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Jan 9, 2026 • 59min
Opération américaine au Vénézuela: un océan d'incertitudes pour l'économie mondiale
Sous le commandement de Donald Trump, l'opération « Absolute Resolve » (Détermination Absolue) au Venezuela a créé une onde de choc mondiale avec des conséquences économiques majeures, bien au-delà des questions pétrolières et énergétiques. Pour la Chine (partenaire historique de Caracas), les autres BRICS, les potentielles cibles américaines (Groenland, Canada, Cuba) et les investisseurs du monde entier, un océan d'incertitudes se profile. Éco d'ici Éco d'ailleurs donne la parole aux experts. Les invités de l'émission Christopher Dembik, macroéconomiste, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management Alicia Garcia-Herrero, cheffe économiste pour la zone Asie-Pacifique de la Banque Natixis (basée à Hong-Kong) Philippe Sébille-Lopez, directeur du cabinet Géopolia, spécialiste des marchés pétroliers Margot François, chercheuse à l'Institut français de géopolitique et analyste chez Cassini, experte de l'économie cubaine Cléa Broadhurst, correspondante permanente de RFI à Pékin Le pétrole vénézuélien : un eldorado complexe Des réserves impressionnantes mais problématiques Le Venezuela possède théoriquement 300 milliards de barils de réserves, principalement dans le fleuve Orénoque, ce qui le placerait au premier rang mondial. Cependant, ces chiffres sont contestés et peu vérifiables. Les défis du pétrole vénézuélien Huile extra-lourde : très visqueuse et très soufrée, nécessitant un traitement particulier Coûts élevés : investissements nécessaires entre 60 et 80 dollars par baril Infrastructure vétuste : années de sous-investissement sous sanctions Raffinage complexe : vendu avec une forte décote sur le marché Un intérêt stratégique pour les États-Unis L'outil de raffinage américain est équipé à 70% pour traiter du brut lourd. Le pétrole vénézuélien correspond parfaitement à ces installations, ce qui explique l'intérêt stratégique au-delà de la simple production. « Nous avons construit l'industrie pétrolière vénézuélienne grâce au talent, au dynamisme et aux compétences des Américains. Et le régime socialiste nous l'a volé en recourant à la force. » - Donald Trump La dimension géopolitique Avant l'intervention, 80% de la production vénézuélienne partait vers la Chine. La Russie, via Rosneft, était également très présente. Pour Washington, il s'agit autant de reprendre le contrôle que d'empêcher les concurrents d'y accéder. Impact sur la Chine : premier acheteur menacé Une relation économique majeure en péril La Chine avait prêté environ 60 milliards de dollars au régime vénézuélien, principalement sous Chavez, sous forme de prêts gagés sur des productions futures de brut. Les compagnies chinoises étaient devenues les principaux acheteurs du pétrole vénézuélien. Conséquences immédiates Le pétrole vénézuélien arrivant en Chine est déjà vendu avec des rabais et passe par des circuits logistiques compliqués. Si Washington bloque ou inspecte les cargaisons, les coûts augmenteront considérablement : assurances plus chères, délais plus longs, risques juridiques accrus. Les raffineurs indépendants chinois, appelés « teapots », qui vivent sur les marges, seront particulièrement touchés. Le baril vénézuélien devient « un baril plus compliqué et plus cher ». « La Chine est profondément choquée et condamne fermement l'utilisation éhontée de la force contre un État souverain. Cela constitue une violation grave du droit international. »- Porte-parole du gouvernement chinois Révision stratégique en Amérique latine L'intervention envoie un signal clair à toute la région. Les gouvernements et entreprises doivent désormais calculer : « Si je fais un gros deal chinois dans un secteur sensible, est-ce que j'attire une pression américaine ? » La Chine ne va pas abandonner l'Amérique latine facilement. La région représente des investissements de près de 200 milliards de dollars dans les minéraux critiques, terres rares, or et argent. Cuba : une économie au bord du précipice Une crise structurelle aggravée L'économie cubaine, déjà en crise permanente depuis la chute de l'URSS, risque le coup fatal. Cuba dépend fortement du pétrole vénézuélien pour son système énergétique vétuste. La situation cubaine Dépendance énergétique : les livraisons vénézuéliennes étaient déjà réduites depuis 2017 Réseau électrique défaillant : coupures de courant quotidiennes, en province on parle "d'allumage de courant" Crise démographique : population passée de 11,2 millions à 9,75 millions (voire 8 millions selon des observateurs) Exode massif : 850 000 Cubains entrés aux États-Unis entre 2021 et 2023 « Cuba est un désastre. Il n'y a pas d'économie. Elle s'est complètement effondrée. Tous les gardes qui ont aidé à protéger Maduro étaient cubains. Les Vénézuéliens devraient déclarer leur indépendance vis-à-vis de Cuba. » - Marco Rubio, Secrétaire d'État américain Risque de crise sociale majeure Les manifestations de juillet 2021, les premières de grande ampleur depuis la révolution, ont été sévèrement réprimées. L'inflation galopante, les pénuries alimentaires, la fin progressive des subventions d'État créent un terreau fertile pour un mécontentement social explosif. Le Groenland : la prochaine cible Au-delà du pétrole : les minerais critiques Le Groenland regorge de ressources stratégiques : terres rares, cuivre, or, uranium, et potentiellement pétrole offshore. Ces minerais sont essentiels pour les industries de pointe, l'aéronautique, le spatial et l'intelligence artificielle. Une stratégie d'acquisition multiforme Les États-Unis disposent de nombreux leviers : pression économique sur le Danemark, proposition d'accords type Porto Rico, exploitation du souhait d'indépendance d'une partie des Groenlandais (environ 30% de l'électorat). La réaction européenne sera probablement limitée, l'Union européenne n'ayant ni l'unité ni les moyens militaires pour s'opposer à Washington. Implications économiques mondiales Le libre-échange fragilisé Au-delà des tarifs douaniers qui préoccupaient déjà en 2025, le monde découvre une "course aux riches et aux ressources" avec une dimension militaire. Cette nouvelle réalité fragilise considérablement le commerce international. Le risque de dédollarisation Les grandes économies, y compris l'Inde, s'inquiètent de l'utilisation du dollar dans leurs transactions. L'intervention au Venezuela pourrait accélérer la recherche d'alternatives monétaires. Cependant, la dédollarisation reste un processus lent. Le dollar demeure dominant dans les transferts internationaux et les réserves mondiales. Historiquement, les transitions monétaires nécessitent soit une guerre, soit une période d'hyperinflation. Le nationalisme métallique La véritable confrontation entre puissances ne porte pas sur la guerre commerciale, mais sur l'accès aux ressources essentielles. L'intelligence artificielle nécessite de l'énergie à bas coût et des minerais critiques. Cette course aux matériaux définit la géopolitique de 2026. Zones à surveiller Myanmar (Birmanie) : régime militaire soutenu par la Chine, riche en ressources Pakistan (Gwadar) : port stratégique pour la Chine dans le cadre des nouvelles routes de la soie Canal de Panama : route commerciale critique évoquée par l'administration Trump Honduras et Paraguay : enjeux autour de la reconnaissance de Taïwan Perspectives pour les investisseurs Le Venezuela : un pari très risqué Malgré les déclarations optimistes, le Venezuela reste extrêmement incertain. Les infrastructures sont vétustes, la corruption endémique, et la situation politique imprévisible. Les investissements nécessitent une vision à dix ans minimum. Certains fonds spéculatifs américains s'intéressent déjà aux obligations d'État vénézuéliennes, qui ont bien performé ces derniers mois. Mais ce sont des stratégies à très haut risque, réservées aux professionnels. Prudence régionale Les investisseurs adoptent une approche prudente sur l'ensemble de l'Amérique latine. Le risque n'est plus seulement la corruption classique des pays émergents, mais un vrai risque d'instabilité géopolitique et d'intervention américaine. La dette vénézuélienne En cas de stabilisation du pays, la dette vénézuélienne pourrait devenir attractive. Cependant, de nombreux obstacles subsistent : contrôles de capitaux stricts, incertitudes juridiques, et nécessité de réformes profondes. Conclusion : l'ère du nationalisme des ressources L'opération "Absolute Resolve" marque un tournant dans la géopolitique mondiale. Elle révèle une doctrine américaine claire : contrôler "l'hémisphère occidental" et ses ressources, éjecter les concurrents chinois et russes de la zone d'influence américaine. Cette approche s'inscrit dans une vision d'"aires civilisationnelles", rappelant la doctrine Monroe du XIXe siècle. Les États-Unis affirment leur droit à dominer leur sphère géographique, comme la Russie le fait avec l'espace slave et la Chine avec sa région. Pour les investisseurs et les entreprises, le monde devient plus fragmenté et plus risqué. Les matières premières, les minerais critiques et les routes commerciales définissent les nouveaux champs de bataille économiques. Cette réalité va structurer l'économie mondiale en 2026 et au-delà. « L'avenir sera déterminé par notre capacité à protéger le commerce, les territoires et les ressources qui sont essentielles à notre sécurité nationale. Tout comme les droits de douane, ils permettent à notre pays de s'enrichir. » - Donald Trump 🎵 Musique : Elena Rose / Alma

Jan 3, 2026 • 51min
Six étudiants africains pensent l’avenir de l'économie
Éco d’ici, Eco d’ailleurs donne la parole à six étudiants de Sup de Co Dakar venus du Sénégal, du Gabon, du Bénin et du Togo pour comprendre comment la jeunesse africaine envisage l’économie de demain. Comment ces futurs décideurs voient-ils leur rapport au monde du travail, au leadership et à l’entrepreneuriat ? Quelles sont leurs idées pour accomplir le développement du continent, via le numérique et la finance, sans épuiser ses ressources ? L'émission est enregistrée dans les locaux de leur école de management (Sup de Co Dakar), tournée vers l'international et qui a l'ambition de former des cadres capables de transformer les économies sans nécessairement s’expatrier. Dior Cécile Rock – Étudiante sénégalaise, Business Administration Spécialité : Management et développement durable. « On ne peut pas parler de croissance sans parler de durabilité. » « En tant que jeune, on entre d’abord dans une entreprise pour apprendre, mais aussi pour innover. » « Les entreprises doivent intégrer la RSE comme une véritable stratégie, surtout les PME. » Seynabou Touré – Étudiante sénégalaise, Relations internationales Spécialité : Diplomatie et coopération internationale. « Qui dit relations internationales dit forcément s’ouvrir au monde. » « L’Afrique est la première victime du réchauffement climatique. » « La diplomatie verte doit devenir centrale dans les politiques africaines. » Diawo Sarr – Étudiante sénégalaise, Business Administration (parcours anglophone) Spécialité : Leadership et entrepreneuriat féminin. « L’entrepreneuriat féminin prend de plus en plus d’ampleur en Afrique. » « Un métier n’est pas destiné à un homme ou à une femme, mais à des compétences. » « Les femmes doivent oser aller jusqu’au bout de leurs ambitions. » Alec Mbou Gandji – Étudiant gabonais, Finance Spécialité : Finance et inclusion financière. « Comprendre les mécanismes de la finance est indispensable au développement de l’Afrique. » « Le numérique a un rôle clé à jouer dans l’inclusion financière, y compris en zone rurale. » « La formation est le point de départ de toute transformation économique durable. » Aurel Kolani – Étudiant togolais, Numérique Spécialité : Technologies digitales et intelligence artificielle. « Le numérique peut apporter une véritable révolution dans tous les secteurs en Afrique. » « L’éducation est la base de toute économie performante. » « La transition écologique passe aussi par une meilleure gestion des déchets et des ressources. » Francis Hounye – Étudiant béninois, Logistique et transport Spécialité : Transport aérien et logistique. « Le transport et la logistique sont des piliers stratégiques du développement africain. » « Les infrastructures modernes sont indispensables à l’intégration économique du continent. » « Il faut fixer des objectifs clairs et progresser étape par étape dans ce secteur. » Abdoul Aziz Sy – Directeur général de Sup de Co Dakar « Sup de Co Dakar est la concrétisation d’un rêve né dans les années 1990 : former des managers africains ici, sans s’expatrier. » « Nous avons convaincu les entreprises par la qualité des diplômés que nous mettons sur le marché. » « La pluralité des écoles et des offres est une chance pour que chaque jeune trouve sa voie. » L'école Sup de Co Dakar a été fondée par Aboubacar Sedikh SY. Décédé le 27 octobre 2025, il fut un précurseur de l’enseignement supérieur privé au Sénégal et a présidé la Fondation du Secteur Privé pour l’Education (FSPE) 💻 Réalisation Ibrahima Ba / Guillaume Munier 🎶 Choix musicaux : 🎵 Kati-K – L’Oiseau Rare 🎵 Yin Ko Yi - OPA 🎵 Kaay Waay - VJ

Dec 26, 2025 • 53min
L'économie mondiale retient son souffle: rétrospective de l'année 2025
L'année 2025 restera comme une année charnière pour l'économie mondiale, marquée par le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche et ses décisions commerciales radicales. Cette émission spéciale d'Éco d'ici, éco d'ailleurs revisite, avec les experts qui sont intervenus à notre micro, les moments clés d'une année économique tumultueuse, entre guerres commerciales, crises géopolitiques, révolution de l'intelligence artificielle et urgence climatique. 🇺🇸 LA GUERRE COMMERCIALE DE TRUMP Le "Jour de la Libération" Le 2 avril 2025, Donald Trump annonce ce qu'il appelle le "Jour de la Libération" : une vague massive de droits de douane qui secoue l'économie mondiale. Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique à l'Université libre de Bruxelles, rappelle qu'on n'avait pas vu une déflagration de cette ampleur depuis 80 ans, depuis la Seconde Guerre mondiale. Les racines historiques du protectionnisme américain Trump justifie sa politique en évoquant l'âge d'or américain de 1789 à 1913, période durant laquelle les États-Unis auraient été "extrêmement riches" grâce aux tarifs douaniers. Selon lui, dans les années 1880, les États-Unis collectaient tellement d'argent qu'ils ne savaient pas quoi en faire. Mais l'historien Kenneth Bertrams tempère ces affirmations : ces références historiques sont approximatives et les données de l'époque très floues. La véritable naissance de la souveraineté économique américaine date de 1776, avec la déclaration d'indépendance motivée avant tout par des raisons fiscales. Les colons de l'Est voulaient s'affranchir de l'Empire britannique pour obtenir leur souveraineté fiscale et économique. Les précédents historiques Le XIXe siècle a connu des cycles protectionnistes alternant avec des périodes plus libérales. En 1823, la doctrine Monroe instaure un isolationnisme géopolitique. Mais c'est surtout la crise de 1929 qui marque les esprits : en 1930, le président Herbert Hoover ratifie le Smoot-Hawley Tariff Act, augmentant les tarifs de 6 à 8,1%, malgré la protestation de plus d'un millier d'économistes. Cette mesure accélère la détérioration des échanges et enfonce le monde dans la crise. C'est Franklin Roosevelt qui, en 1934, remet en place une approche plus raisonnée avec le Reciprocal Tariff Act, préfigurant le moment libéral qui s'affirmera avec Bretton Woods en 1944. Citation clé : "On n'a pas vécu une déflagration de telle ampleur depuis 80 ans. Il faut se reporter avant la Seconde Guerre mondiale pour voir un choc d'une telle ampleur." — Kenneth Bertrams, professeur d'histoire économique Trump n'a pas inventé le protectionnisme moderne Kenneth Bertrams rappelle que Donald Trump n'est pas le premier président américain à recourir aux droits de douane. Dans les années 1980, Ronald Reagan augmente les barrières douanières face au Japon, notamment sur les voitures et l'électronique. Barack Obama fait de même sur l'acier lors de périodes de crise. Mais la différence avec Trump, c'est l'ampleur : un "paquet global" d'augmentation des tarifs que l'historien juge "extrêmement risqué, si pas complètement absurde." 💼 LES VICTIMES DU PROTECTIONNISME Témoignage du terrain : Gustavo Reyes à Houston À Houston (Texas), Gustavo Reyes incarne ces commerçants américains pris dans la tourmente. Son entreprise de vente en gros importe 85 à 90% de ses produits (fruits, légumes, viandes, fromages, produits mexicains) du Mexique. Face aux droits de douane, impossible d'absorber les hausses : "On a une marge très faible. On est en concurrence avec de grandes entreprises. C'est impossible. On ne peut pas absorber les droits de douane, on est obligé de les répercuter sur les clients", explique-t-il au micro de Nathanaël Vittrant, journaliste au service économie de RFI. Le problème ne vient pas uniquement des droits de douane. La politique d'immigration aggrave la situation : "À peu près 95% de nos clients sont hispaniques. Si tu descends dans la rue jusqu'au marché des producteurs, il n'y a personne. Surtout en janvier. Tout le monde avait peur, tout était fermé. Les gens ne voulaient pas sortir de chez eux. Ça nous impacte beaucoup." 🇨🇳 LA CHINE : UN GÉANT VULNÉRABLE Les inquiétudes de Pékin Le Premier ministre chinois Li Qiang s'inquiète publiquement : "Tout l'environnement international devient plus complexe et alarmant, ce qui pourrait avoir un impact important sur notre commerce, notre secteur technologique. L'unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain et déstabilisent l'économie mondiale." Le piège du modèle exportateur Benjamin Bürbaumer, maître de conférences en sciences économiques et spécialiste de l'économie politique internationale, explique le déséquilibre macroéconomique chinois : consommation très faible et investissement très important. "Cette équation ne peut fonctionner que si la Chine exporte des marchandises, si elle exporte des capitaux." L'économie chinoise est donc "nécessairement extravertie" et cela la rend "nécessairement vulnérable aux aléas, aux évolutions de l'économie mondiale." 30 ans d'annonces sans résultat Depuis 30 ans, les autorités chinoises annoncent vouloir basculer leur économie vers la demande intérieure, mais ça n'arrive jamais. Pourquoi ? "Il y a toute une série d'intérêts au sommet de l'État chinois. Les grandes entreprises visent à continuer le modèle exportateur, puisqu'il est hautement profitable pour une petite poignée ou même un grand nombre d'entreprises, et partant de là aussi pour l'État chinois. Mais le déséquilibre, il est là et à un moment il faudra y faire face." RUSSIE / UKRAINE : L'EFFICACITÉ DES SANCTIONS EN QUESTION Près de quatre ans de guerre Près de quatre ans après le début de l'offensive russe, la question de l'efficacité des sanctions économiques et financières européennes se pose. Un accord équitable est-il possible ? 2026 apportera peut-être la réponse. L'analyse de Charlotte Emlinger, économiste au CEPII Charlotte Emlinger, du CEPII (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), explique qu'on peut mesurer l'impact des sanctions sur les flux commerciaux. Les résultats montrent une baisse importante des échanges entre la Russie et les pays sanctionnateurs, tant à l'export qu'à l'import. Mais la Russie contourne "Après, est-ce que ça a vraiment un impact pour la Russie ? C'est une autre question puisque la Russie a pu se tourner vers d'autres fournisseurs." Le paradoxe des biens stratégiques Paradoxe majeur : "Quand on regarde les données, on se rend compte que la Russie a continué d'importer ses biens stratégiques et non seulement elle a continué de les importer, mais elle les a même encore plus importés. Pourquoi ? Parce qu'elle en a encore plus besoin, parce qu'elle est en guerre." Ces autres fournisseurs, essentiellement la Chine, fournissent ces biens à des prix plus élevés qu'auparavant. Les limites des "smart sanctions" Les sanctions ciblées ("smart sanctions") visent à éviter les dommages collatéraux sur les populations. Mais Charlotte Emlinger constate qu'elles ne marchent "pas très très bien" : Difficile de vraiment cibler Effets d'externalité sur le reste de l'économie Le gouvernement russe compense, ce qui coûte au contribuable russe au final Exemple : cibler une banque impacte tous les ménages russes qui dépendent de ce système financier. EUROPE : COURSE AUX ARMEMENTS ET NOUVEAUX DÉFIS 200 milliards d'euros mobilisés Face à la menace russe devenue "une menace pour la France et pour l'Europe" selon les autorités, l'UE mobilise près de 800 milliards d'euros pour la défense et la résilience. "C'est un moment pour l'Europe et nous sommes prêts à monter en puissance," affirme la Commission. La multiplication des espaces d'affrontement Julien Malizard, économiste de la défense, souligne une transformation majeure : "Aujourd'hui, on a une multiplicité des espaces d'affrontements. Dans le domaine spatial, dans le domaine du cyber, dans le domaine des fonds sous-marins. Et en fait, ça ne remplace pas les domaines traditionnels (terre, air, mer), ils ne font que se rajouter aux domaines classiques." Conséquence : des investissements supplémentaires dans chacun de ces domaines, des investissements coûteux et pas forcément prévus. L'intelligence artificielle militaire La création récente de l'AMIA (Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense) illustre ces nouveaux besoins. "C'est important de pouvoir se dire qu'on va maîtriser les technologies pour l'intelligence artificielle avec les applications pour la défense." Mais ces investissements créent des effets de substitution dans des enveloppes budgétaires déjà utilisées pour d'autres programmes. D'où l'importance de l'échelle européenne pour atteindre la taille critique nécessaire. 🇪🇺 L'EUROPE : INNOVATION EN PANNE ET SOUVERAINETÉ FRAGILE L'analyse de Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 Le prix Nobel d'économie français analyse les conséquences pour l'Europe. Les droits de douane de 15% acceptés par les Européens sont "inouïs" et créent une double inefficacité économique : Renchérissement des coûts dans les pays Incitation au repli sur soi et fin de la division internationale du travail Un désordre structurel ? Jean Tirole parle plutôt d'un "repli sur soi" : des zones où on se refait confiance, avec des échanges relativement libres, et entre zones, c'est plus compliqué. L'incertitude créée paralyse les industriels qui ne savent plus où investir pour leurs usines. "C'est un système inefficace, fondamentalement." L'économiste espère qu'après le départ de Trump, le monde reviendra à la raison, mais reconnaît : "Je l'espère. Mais nul ne peut parier." Le constat accablant du rapport Draghi Le vrai problème européen est structurel. Le rapport Draghi a posé un constat accablant que tout le monde a aimé mais qui "n'est pas très suivi" : l'Europe souffre d'un "déficit total d'innovation". Malgré les talents en quantité, ce ne sont pas les Européens qui possèdent les grandes plateformes tech ou biotech, ni les start-ups de rupture. "Nous sommes devenus une économie de deuxième plan du point de vue de l'innovation de rupture," déplore Tirole. Absence de souveraineté "On n'a pas de souveraineté militaire, on n'a pas de souveraineté économique. Et donc on peut se laisser imposer beaucoup de choses. Et je ne vois pas aujourd'hui, en particulier dans le débat français, mais aussi dans le débat européen plus généralement, beaucoup d'enthousiasme pour dire : comment se fait-il qu'on soit à la traîne d'un point de vue technologique ?" Citation clé : "L'Europe a un déficit total d'innovation. Nous sommes devenus une économie de deuxième plan. On n'a pas de souveraineté militaire, on n'a pas de souveraineté économique." — Jean Tirole, Prix Nobel d'économie 2014 💵 LE DOLLAR ET LES CRYPTOMONNAIES : LA PARADE DE TRUMP Renforcer le dollar par les actifs numériques Pour contrer un possible affaiblissement du dollar dû à ses politiques, Trump a trouvé une parade audacieuse : le Genius Act de juillet 2025 adosse le dollar à des actifs numériques. L'objectif est d'augmenter la demande pour le dollar et donc de le renforcer. Actuellement, environ 199% des stablecoins sont adossés au dollar. Cela permet aux États-Unis de continuer à profiter de leur privilège monétaire pour financer leur déficit. Conflits d'intérêts Jean Tirole critique cette stratégie : l'administration américaine est très impliquée financièrement, à titre personnel, dans les bitcoins et les stablecoins. Mais il y a aussi une dimension politique internationale : contrôler l'émission des stablecoins renforce la domination monétaire américaine. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : LA BATAILLE DES GÉANTS Une concurrence mondiale féroce Entre l'Américain OpenAI et le Chinois DeepSeek, la concurrence s'annonce féroce pour les prochaines années. Mais d'autres acteurs majeurs émergent en Europe, en Afrique subsaharienne, au Maghreb et au Moyen-Orient, prêts à s'allier pour développer ces technologies et défendre leur souveraineté. Station F : un écosystème attractif Roxanne Varza, directrice de Station F (incubateur international de start-up à Paris), témoigne : "Depuis le début, on est très international. Il y a 65 nationalités représentées ici. Parmi les pays les mieux représentés, on trouve les États-Unis juste derrière la France, le Royaume-Uni, l'Italie, le Maroc et la Corée du Sud." Les écosystèmes traditionnels (Silicon Valley, New York, Londres) deviennent parfois moins attractifs avec les changements géopolitiques. La France peut donc attirer de plus en plus de start-ups. Des doutes sur la rentabilité Des investisseurs commencent à émettre des doutes sur la rentabilité des entreprises de l'IA. Ce n'est pas récent : Goldman Sachs avait déjà questionné la rentabilité de ces levées de fonds l'été 2024. Mais Roxanne Varza reste confiante : "Je pense que dans cet écosystème, on voit toujours une espèce d'optimisme et on veut toujours faire émerger des nouveaux modèles, des nouveaux projets, des nouvelles technologies finalement. Donc les levées de fonds continuent et vont continuer." CLIMAT : L'AFRIQUE EN PREMIÈRE LIGNE Intégrer l'environnement dans toutes les politiques Ileana Santos, consultante franco-togolaise et co-fondatrice de "Je m'engage pour l'Afrique", appelle à un changement de paradigme : "Aujourd'hui, on se rend compte que les politiques se disent : le plus important c'est l'éducation, c'est la santé. Alors qu'en fait le sujet de l'environnement doit être intégré. Ça doit être une vision totalement intégrée et arrêter de choisir entre l'un et l'autre. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est les deux en fait." Le problème du financement climatique Sur le continent africain, les banques ne sont pas encore au niveau sur les enjeux de financement climatique. "Le rendement est plutôt de long terme et ils vont préférer parfois avoir des projets qui sont dits plus rentables." Un changement de logiciel est nécessaire, et le secteur privé doit prendre ses risques en investissant sur le temps long. Sous-financement de l'adaptation Le problème majeur : "On sous-finance les sujets d'adaptation climatique et on va plutôt vers l'atténuation. Et peut-être qu'en fait, il faut anticiper. Il faut qu'on arrête d'attendre que les inondations [arrivent] et qu'on se demande qu'est-ce qu'on fait." Les chiffres sont éloquents. Exemple du Ghana : 4% des fonds vont à l'adaptation, 87% vont à l'atténuation. Citation clé : "Il faut arrêter d'attendre les inondations pour se demander qu'est-ce qu'on fait. On va arrêter de subir, on va anticiper. Et surtout, peut-être, il faut essayer d'enlever les intermédiaires entre les financements et les bénéficiaires finaux." — Ileana Santos, consultante en stratégie La diminution de l'aide au développement Dans un contexte de contraintes budgétaires, la diminution des crédits de l'aide au développement semble devenir une tendance lourde en Afrique et ailleurs, compliquant encore la situation. ÉMANCIPATION FINANCIÈRE DES FEMMES 15% d'écart de patrimoine en France Karine Gbianza, ancienne cadre de L'Oréal, publie un "Guide de l'émancipation financière" (Dunod) qui révèle des inégalités persistantes. En France, l'écart de patrimoine entre hommes et femmes reste de 15%. Un apprentissage personnel "Lorsque j'ai commencé à travailler, je suis passée d'un revenu d'étudiante à un vrai salaire. Et c'est lors de ces premiers mois que je me suis rendue compte que je n'avais pas les compétences nécessaires pour gérer l'argent que je recevais et que ni l'école ni ma famille ne m'avaient appris à prendre ce sujet en main." Des biais dès l'enfance Des études en France et aux États-Unis montrent que les petites filles reçoivent moins d'argent de poche que les petits garçons. On observe aussi des biais de genre dans la manière de récompenser financièrement les enfants : "On a tendance à donner un peu plus d'argent aux petits garçons que les filles." "Et ça les conditionne très tôt finalement, à recevoir moins d'argent et aussi à être moins souvent récompensées lorsque, notamment, elles font du bon travail." L'immobilier comme levier Pour Karine Gbianza, l'immobilier a été un déclic : "Véritablement aujourd'hui un pilier de mon patrimoine. L'immobilier, lorsqu'il est bien acheté, lorsqu'on utilise le levier du crédit, permet véritablement d'accélérer le développement du patrimoine d'une personne." Citation clé : "C'est essentiel de prendre la responsabilité du développement de ses propres finances et surtout de ne pas se mettre en position d'attente d'une situation ou d'une personne providentielle pour venir prendre en main ce sujet à notre place." — Karine Gbianza, auteure du Guide de l'émancipation financière

Dec 19, 2025 • 1h 1min
L'économie en 2025 : Donald Trump préparé et stratège, le monde fragilisé
Dans cette émission spéciale, quatre journalistes économiques basés à Paris, Montréal et Yaoundé dressent le bilan de l'année 2025 dans le monde : le grand basculement géopolitique, le retour préparé et pragmatique de Trump, l'impact différencié sur le reste du monde, la révolution de l'IA et le recul écologique, les enjeux africains et l'émergence du Sud global, l'omniprésence de endettement la paralysie française, le retour de l'État stratège. NOS INVITÉS 👉 Béatrice Mathieu, rédactrice en chef à l'hebdomadaire français L'Express 👉 Jean-Marc Vittori, éditorialiste au quotidien français Les Échos 👉 Gérald Fillion, présentateur de l'émission Zone Économie sur Radio-Canada 👉 Hervé Fopa Fogang, rédacteur en chef du quotidien L'Économie (Cameroun) QUELQUES CITATIONS 🎤 Sur l'évolution de l'économie mondiale 💬 « L'année 2025 est celle où la géopolitique a pris le pas sur l'économie. C'est un renversement total. » 💬 « Le nationalisme économique pose un énorme problème existentiel pour l'Europe, puisque l'Europe n'étant pas une nation, toute décision prend beaucoup plus de temps. » 💬 « On voit se former ce Sud global qui se définit surtout par une opposition à l’Occident. » 🎤 Sur le retour au pouvoir de Donald Trump 💬 « Donald Trump a réalisé ce qu'il avait prévu de faire. » 💬 « Donald Trump est arrivé au pouvoir nettement mieux préparé que huit ans plus tôt. Il a déroulé son programme et les nominations qui vont avec. » 💬 « Au-delà des tarifs douaniers, c'est l'incertitude que Donald Trump jette sur l'économie qui retient les investisseurs et les entreprises d'investir au Canada. » 💬 « Après l'annonce de la suspension des financements américains contre le sida au Cameroun, les associations ont exprimé des inquiétudes mais le gouvernement a promis d’assurer la continuité des services contre le VIH. » 🎤 Sur le financement de la transition écologique 💬 « Il y a un backlash sur les montants et sur les échéances de la transition écologique. » 💬 « Les États ne veulent pas mettre autant d’argent sur la décarbonation que ce qu’ils avaient prévu dans le laps de temps initial. » 💬 « On recule sur certaines échéances climatiques par pragmatisme, parce qu’on avait voulu être plus royaliste que le roi. » 🎤 Sur la révolution de l'IA 💬 « Dans la course à l'IA, les Européens sont des nains par rapport aux géants américains. » 💬 « Ce n’est pas parce qu’un pays est à la pointe d’une innovation qu’il y a progrès social et économique. » 💬 « Le grand événement de l'année en matière d'intelligence artificielle, c'est le lancement de DeepSeek, un système chinois extrêmement performant et beaucoup moins consommateur d'énergie. » 💬 « Avec l'IA, Les revenus vont se concentrer vers les détenteurs de capital, pas de travail. » 🎤 Sur les problématiques des États 💬 « L'État est un acteur absolument nécessaire dans l'économie, il faut qu'il soit puissant et qu'il sache où aller. En France et en Europe, on a l'impression que cette stratégie n'est pas claire. » 💬 « Le chômage croissant et des salaires jugés insuffisants poussent des milliers de jeunes Camerounais à partir. » 💬 « La Chine est devenue le principal créancier bilatéral du Cameroun pour financer les grands projets comme les routes, les barrages et des hôpitaux. » 💬 « On ne résoudra pas les inégalités en France avec la taxe Zucman, mais en repensant la fiscalité de l’héritage. » 💻 Émission réalisée par Sophie Janin. 🎵 Choix musical : Rosalia - Dios es un stalker

Dec 12, 2025 • 48min
CAN 2025 : le pouvoir du sport-business
Au-delà du sport, la CAN 2025 de football est un rendez-vous économique crucial pour le pays hôte, le Maroc, et pour l’ensemble de l’Afrique. C'est le cas aussi des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 au Sénégal. Le sport business africain est en plein essor : selon le cabinet de conseil PWC, le marché pourrait plus que doubler d’ici 2028 et devenir l’un des plus dynamiques au monde. Visionner l'émission en vidéo ici Pour analyser ces enjeux : Will Mbiakop, président de l’African Sports and Creative Institute, organisateur du Game Time Investment Summit, un forum d’affaires rassemblant décideurs, investisseurs, sportifs de haut niveau et entreprises du secteur. Mike Coffi, investisseur et directeur général d’Africa Capital Market Corporation et fondateur Detect Pro Fund Désiré Koussawo, président de SAGES Africa (e-sport), 1. Le sport business en Afrique : un marché en expansion La croissance du sport business africain repose sur : la professionnalisation des acteurs, la montée des investissements privés, l’intérêt des grandes organisations sportives mondiales, l’impact des grands événements organisés sur le continent. 2. Qui gagne de l’argent lors d’une CAN ? Les bénéficiaires directs : La CAF, qui perçoit droits TV, sponsoring, billetterie. Les fédérations, qui reçoivent une partie des revenus redistribués. Le pays hôte, grâce à : l’hôtellerie, le tourisme, les transports, les services, la construction et rénovation d’infrastructures. La performance de l’équipe nationale augmente aussi l’impact économique, comme en Côte d’Ivoire en 2024. 3. Infrastructures, risques et stratégie à long terme Les ambitions marocaines : préparation pour la CAN 2025, anticipation de la Coupe du monde 2030, investissements massifs comparables à ceux de l’Afrique du Sud. Les risques évoqués : les “éléphants blancs”, infrastructures inutilisées après l’événement, un modèle économique parfois trop dépendant des finances publiques. 4. Comment financer le sport en Afrique ? Le sport africain ne peut plus reposer uniquement sur l’État ou le mécénat. Priorité : attirer les investisseurs privés. Conditions nécessaires : incitations fiscales, cadre juridique solide (propriété intellectuelle, droits, contrats), régulation transparente, soutien aux start-up (sports tech, événementiel, data, tourisme sportif). 5. Détection des talents : un investissement possible Intervenant : Mike Coffi, fondateur de Detect Pro Fund, un fonds d’investissement dédié à la détection et la formation de jeunes footballeurs. Son modèle : Démarrage au Sénégal avec le Paris Saint-Germain, Nouveau centre en Côte d’Ivoire en partenariat avec l’AC Milan, à Dimbokro (près de Yamoussoukro). Objectifs : Former 100 jeunes en 5 ans, Catégories U15 et U17, Formation sportive + éducation scolaire, Standard technique inspiré des meilleurs clubs européens. Modèle économique : Valorisation des joueurs transférés en Europe, Partenariats, Sponsoring, Effets sociaux (emploi local, formation, scolarité). 6. Diversification du sport business en Afrique Le football reste central, mais d’autres disciplines connaissent une montée en puissance : Basketball, avec la Basketball Africa League, Sports de combat, comme la lutte sénégalaise ou le MMA, Padel en expansion dans plusieurs métropoles africaines, Investissements du Golfe 7. L’e-sport : un secteur en forte croissance Intervenant : Désiré Koussawo, Président de SAGES Africa. Pourquoi l’Afrique est prometteuse ? population jeune, pénétration rapide du mobile, attractivité des compétitions, hybridation musique/jeux/sport. Les obstacles : mauvaise connectivité, matériel coûteux, manque de studios africains, faible financement de l’industrie. Lien avec les grands événements : Les compétitions (CAN, Coupe du monde, Ligue des Champions) boostent les jeux vidéo comme FIFA. 8. Médias, streaming et droits TV le mobile et l’audiovisuel sont devenus des moteurs du sport, la data et le streaming deviennent des sources de revenus majeures, l’acquisition de Multichoice par Canal+ pourrait transformer le marché africain des droits sportifs.

Dec 5, 2025 • 49min
Ukraine, restauration, fiscalité, immigration : les engagements de Thierry Marx, président de l'UMIH
Chef étoilé, entrepreneur, président de l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) et figure engagée, Thierry Marx revient dans cet entretien exclusif sur ses combats : reconstruction en Ukraine, difficultés du secteur de l'hôtellerie-restauration et vision de l’alimentation de demain. Dans un contexte de crise économique, de déserts ruraux et de mutation profonde des métiers de l'accueil, Thierry Marx propose une vision lucide, politique et profondément humaine. L'émission est à découvrir en vidéo en cliquant ici Au micro de Bruno Faure (RFI), Thierry Marx aborde : 👉 son action pour l'Ukraine, la formation d'apprentis pour aider à la reconstruction et au développement du pays 👉 la solidarité de villes françaises comme Le Havre avec l'intervention de l'adjointe au maire chargée des relations internationales Caroline Leclercq 👉 le partenariat avec l'ONG Stand With Ukraine représentée par son fondateur Edward Mayor 👉 la cuisine moléculaire et l’innovation gastronomique 👉 son engagement en tant que président de l’UMIH 👉 la crise historique que traversent les cafés, hôtels et restaurants 👉l'importance de la transmission des compétences avec l'intervention de la cheffe à domicile d'origine sénégalaise Ker Astou 👉la question épineuse du recours à la main-d'œuvre immigrée 👉 la question de la TVA, de la fiscalité et de la rentabilité 👉 l’importance des circuits courts et du fait-maison 👉 la fracture alimentaire en France 👉 sa passion pour le judo et la culture asiatique.

Nov 29, 2025 • 49min
«Mobiliser l’épargne pour transformer les économies en Afrique» - Marc Kamgaing grand invité de l'éco
Marc Kamgaing, fondateur et dirigeant de Harvest Asset Management, société de gestion indépendante basée à Douala (Cameroun) est notre grand invité de l'économie RFI-Jeune Afrique. Sa mission : mobiliser l'épargne locale pour financer le développement économique en Afrique centrale, accompagner des projets d'infrastructures majeurs (barrages, autoroutes, hôpitaux). Découvrez l'émission en vidéo ici Au micro de Bruno Faure (RFI) et Aurélie M'Bida (Jeune Afrique), Marc Kamgaing aborde plusieurs thèmes : 👉 Le développement de l'épargne en Afrique 👉 L'éducation financière et l'inclusion des femmes 👉 La transformation des tontines en produits d'épargne structurés 👉 Le financement des États et des entreprises via les marchés de capitaux 👉 Les réformes nécessaires des systèmes de retraite en Afrique avec l'intervention de Cédric Mbeng, expert des systèmes financiers africains 👉 L'endettement des États africains comme le Sénégal 👉 Les suites de l'élection présidentielle au Cameroun 👉 Les projets de développement du Tchad 👉 La réforme du franc CFA 👉 Le rôle de l'épargne locale face aux cryptomonnaies. 🎧 Retrouvez nos invités de l'économie ici.

Nov 21, 2025 • 1h 5min
Quand l'innovation tourne au fiasco, leçons des échecs industriels
L'histoire de l'industrie dans le monde est semée de grandes réussites... et d'échecs parfois retentissants. L'exposition "Flops ?!" au Musée des arts et métiers à Paris met en lumière quelques ratages de l'innovation ou du marketing dans le monde. Du jeu de société Trump aux lasagnes Colgate, de la Renault 14 comparée à une poire au navire de guerre suédois Vasa coulé dès sa mise à l'eau, ces ratés nous enseignent autant, sinon plus, que les succès éclatants. NOS INVITÉS 🎤 Marjolaine Schuch, co-commissaire de l'exposition "Flops ?! Oser, rater, innover" au Musée des Arts et Métiers à Paris 🎤 Gilles Garel, professeur titulaire de la Chaire de gestion de l'innovation du CNAM 🎤 Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l'industrie. Les grands échecs qui ont marqué l'histoire Ariane 5 : 37 secondes qui coûtent cher Le 4 juin 1996, le vol inaugural d'Ariane 5 s'achève en catastrophe après seulement 37 secondes de vol. Un logiciel inadapté à la puissance des nouveaux moteurs provoque l'explosion du lanceur européen. Malgré cet échec initial, Ariane deviendra une référence absolue dans l'industrie spatiale, démontrant qu'un échec peut être surmonté pour construire un succès durable. Le Vasa : le naufrage d'un rêve royal Entre 1626 et 1628, la Suède construit un navire de guerre somptueux pour son roi. Problème : le Vasa coule dès sa première mise à l'eau dans la baie de Stockholm. Une conception démesurée et un donneur d'ordre exigeant ont conduit à cette catastrophe. Aujourd'hui, ce bateau renfloué est devenu le deuxième musée le plus visité de Suède, transformant un échec cuisant en succès touristique. La Renault 14 : quand on prend les clients pour des poires À la fin des années 1970, Renault lance une campagne publicitaire comparant sa nouvelle voiture à une poire. En France, où l'expression "prendre quelqu'un pour une poire" signifie le considérer comme un idiot, l'opération marketing se retourne contre la marque. Un exemple parfait de communication mal étudiée malgré des moyens importants. Le Minitel : trop en avance puis trop en retard Lancé dans les années 1980, le Minitel français a été le premier objet communicant grand public, permettant de consulter ses comptes bancaires, la météo ou les annuaires. Paradoxalement, ce succès initial a ralenti le déploiement d'Internet en France. Le modèle économique du Minitel, notamment son système de kiosque, inspirera pourtant Steve Jobs pour créer l'AppStore d'Apple. Les facteurs d'échec La relation entre donneurs d'ordre et concepteurs Dans le cas du Vasa comme dans celui du projet Aramis (un métro sans conducteur développé pendant 17 ans en région parisienne), le désalignement entre les différents acteurs a conduit à l'échec. Lorsqu'on travaille pour un dirigeant autoritaire, la capacité à remettre en question les décisions est faible et les lanceurs d'alerte peinent à se faire entendre. Et lorsque de multiples institutions sont impliquées, le chacun pour soi peut prendre le dessus. Le mauvais timing Le Bi Bop, téléphone portable des années 1990, nécessitait d'être proche d'une borne relais pour fonctionner. L'infrastructure n'était pas encore là, et surtout, les usages n'étaient pas compris : les gens avaient déjà des téléphones fixes et des cabines téléphoniques, ils ne voyaient pas l'intérêt d'être joignable partout. L'erreur de positionnement Quand McDonald's tente de lancer un burger gastronomique haut de gamme, ou que Colgate veut vendre des plats préparés, le public ne suit pas. L'identification trop forte à un secteur particulier empêche la diversification. Un mauvais produit En 1989, sortie du jeu de société Trump the Game, adaptation du Monopoly. C'est un échec commercial (800.000 exemplaires vendus). Le jeu est jugé compliqué et ennuyeux. Les leçons pour réussir L'importance du contexte L'automobile s'est développée en France à la fin du XIXe siècle car le pays possédait déjà des industries mécaniques développées et le meilleur réseau routier au monde. L'environnement favorable est aussi crucial que l'innovation elle-même. Aux Etats-Unis, Henry Ford comprend le premier l'intérêt de vendre des véhicules au plus grand nombre? La persévérance Le Rafale, avion de chasse français, a connu des débuts commerciaux difficiles avant de s'imposer sur le marché international. La qualité technique et opérationnelle finit par payer, même si le succès commercial prend du temps. L'apprentissage par l'échec Comme le souligne Gilles Garel, la culture de la sécurité ferroviaire de la SNCF s'est construite après les premiers accidents mortels. Dans les industries où le risque est élevé, chaque échec engendre des efforts colossaux pour améliorer la fiabilité. Innovation, recherche et développement : ne pas confondre La recherche produit des connaissances. Le développement déploie des projets jusqu'au marché. L'innovation, elle, nécessite des idées créatives portées par des valeurs. Ces trois dimensions doivent s'articuler pour réussir. L'Europe face aux défis de l'innovation Comparée aux États-Unis, l'Europe souffre d'un marché fragmenté en 27 pays avec autant de réglementations différentes. L'absence de fonds de pension limite également l'accès au capital-risque. Pourtant, le problème n'est pas tant dans la capacité des entreprises européennes à innover que dans l'apparition de nouveaux entrants et de startups. L'enjeu aujourd'hui : articuler la contrainte climatique avec les besoins d'innovation, en évitant l'obsolescence programmée et en construisant une industrie durable. ENTRETIEN: MAROC 2035, DE l'ÉMERGENCE ÉCONOMIQUE A LA PUISSANCE PIVOT ? Dans un rapport remis en octobre 2025 pour l'Institut Choiseul, Yasmina Asrarguis, chercheuse associée à l'Université de Princeton aux États-Unis, décrypte la transformation du Maroc sous l'impulsion du Roi Mohammed VI. Industrialisation, infrastructures, diplomatie d'équilibre : comment le royaume s'est imposé comme carrefour stratégique entre l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. De la victoire diplomatique sur le Sahara occidental aux défis de la jeunesse, des inégalités sociales et territoriales en passant par l'organisation d'événements sportifs comme la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030, cette analyse approfondie explore les forces et les faiblesses d'un pays en pleine mutation. Entretien à découvrir en intégralité et en vidéo ici 💻 Émission réalisée par Guillaume Munier 🎵 Choix musical : Tribeqa - Respire

Nov 14, 2025 • 1h
Crise du carburant au Mali : une guerre économique qui secoue toute la région
Le Mali traverse une crise énergétique exceptionnelle : files d’attente interminables devant les stations-service, coupures d’électricité, activités paralysées, conséquences d’un blocus imposé par les groupes jihadistes dans ce pays déjà parmi les plus pauvres du monde. Les invités d'Eco d'ici Eco d'ailleurs décrypte la stratégie de ceux qui ont lancé ce bras de fer économique avec le pouvoir malien dirigé par des militaires. 💬 Témoignage de Mohamed Sanou Nientao — Homme d’affaires et dirigeant politique (UDD) originaire de Mopti, aujourd’hui en exil Les habitants de Mopti n’ont « même pas une seconde d’électricité » depuis le 7 octobre Les revenus se sont effondrés, l’eau est distribuée quelques heures par jour, et la route vers Bamako est totalement contrôlée par les groupes jihadistes. 🗨️ « Il faut faire bloc, mais pour pouvoir faire bloc, il faut au moins avoir de quoi nourrir la famille. » 👉 Une crise multiforme : économie, sécurité, humanitaire La crise du carburant au Mali n’est pas une simple pénurie : c’est une guerre économique où le carburant est utilisé comme une arme stratégique par les groupes jihadistes. Les effets se font sentir : À Bamako, paralysée et sous tension Dans les régions, isolées, privées d’électricité et d’eau Dans les pays voisins, qui voient leur commerce perturbé Dans les ports, où les flux logistiques sont ralentis Pour les ménages, dont le pouvoir d’achat s’effondre. Cette pénurie déclenche un effet en chaîne : transports bloqués → marchandises rares → inflation → pauvreté → tensions sociales. 🎤 Modibo Mao Makalou — Économiste, consultant indépendant, en ligne de Bamako, analyse les mécanismes économiques derrière la crise et rappelle que : L’économie malienne dépend à 60 % du commerce extérieur. Les hydrocarbures représentent un levier essentiel car le Mali ne produit pas de carburant. Le blocus imposé par le JNIM depuis septembre 2025 cible les axes venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, empêchant l’arrivée du carburant à Bamako. Les effets : flambée des prix, crise du transport, coupures d’électricité, paralysie industrielle. 🗨️ « Nous sommes dans un contexte difficile au Mali en ce moment. Nous traversons une crise multidimensionnelle depuis 2012. » 🎤 Bakary Sambe — Directeur du Timbuktu Institute en ligne du Sénégal apporte un regard régional et explique comment : Les groupes djihadistes ont instauré une véritable économie du jihad fondée sur les taxes, le vol de bétail, l’orpaillage et les enlèvements contre rançon. Leur objectif est double : affaiblir les États et financer leur montée en puissance. 🗨️ « Avec une manne financière aussi importante, cela inquiète les pays de la région sur la capacité du groupe à s’armer et à perturber la quiétude. » Webinaire du Timbuktu Institute : Quel est le projet du JNIM ? 🎤 Mathieu Couttenier — Économiste, professeur à l’ENS Lyon et auteur de l'ouvrage «L'économie de la violence - A qui profite la guerre ?» (Éditions Les Léonides), met la crise malienne en perspective : Les conflits perturbent les chaînes de valeur, La violence détruit l’activité économique, Et la pauvreté alimente à son tour les conflits. 🗨️ « Les conséquences de la violence aujourd’hui nourrissent la violence de demain. Il faut impérativement s’appuyer sur ce que l’on sait d’expériences passées. » 🎤 Flore Berger — Analyste à l'Observatoire des économies illicites en Afrique de l'Ouest de la Global Initiative against Transnational Organized Crime, explique que : Ces groupes ont désormais la capacité « d’étendre cette influence territoriale au-delà de leurs zones traditionnelles Une véritable économie parallèle se structure sur la taxation, les routes contrôlées et l’exploitation des ressources. 🗨️ « C’est tout un système économique qui est en train de s’installer, et il devient extrêmement difficile pour les États de le concurrencer ». 🌍 Cette perspective régionale montre que la crise malienne n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un continuum sahélien où la sécurité des corridors commerciaux conditionne la survie économique des capitales intérieures. 🇨🇮 Récit de Benoît Almeras — Correspondant RFI à Abidjan, illustre la dépendance du Mali vis-à-vis de la Côte d’Ivoire : La Côte d’Ivoire a livré près de 1,2 million de m³ de produits pétroliers au Mali en 2024, soit plus de la moitié des importations maliennes d’hydrocarbures Les prix ont flambé au marché noir, tandis que les entreprises ivoiriennes (Gestoci, SIR) ont dû renforcer la sécurité de leurs convois. Le port d’Abidjan voit revenir moins de camions, et les tarifs du transport ont parfois doublé en raison des risques encourus. 🇹🇩 Récit de Nadia Ben Mahfoudh — Correspondante RFI à N'Djaména, décrit les enjeux économiques de la présence du groupe Boko Haram dans la région du lac Tchad. Boko Haram s’est installé dans cette zone car elle est très loin de la capitale et que l’État est davantage présent par un dispositif coercitif, de contrôle L’absence des services de base tels que les routes, les écoles, les centres de santé favorise la misère et l’analphabétisme, terreau favorable à l’implantation des terroristes Les circuits informels sont déstabilisés par la présence de Boko Haram. 🎵 Notre choix musical : Baby Myria - Malakey 💻 Réalisation : Guillaume Buffet - Guillaume Munier.

Nov 8, 2025 • 1h 9min
Trumponomics : une révolution pour la finance mondiale ?
Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump aura chamboulé bien des pans de l'économie, notamment le commerce international, mais il a aussi annoncé des mesures majeures pour le système financier. Le Genius Act favorise le développement des stablecoins adossés au dollar, renforçant la puissance monétaire des États-Unis et obligeant les autres blocs à réagir. 👉 Pour décrypter la politique de Trump 2.0, Eco d'ici Eco d'ailleurs s'est déplacé aux Journées de l'Économie à Lyon, événement réunissant des économistes et décideurs de très haut niveau pour réfléchir aux grands enjeux du monde, à commencer par Jean Tirole, Nobel d'économie 2014 pour ses travaux sur l'analyse du pouvoir de marché et de la régulation et président honoraire de la Toulouse School of Economics 🎙️ Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014 « Aux États-Unis, les inégalités sont gigantesques, et avec l’intelligence artificielle, sans système social, cela va être une catastrophe. » « Sans souveraineté militaire, pas de souveraineté économique. » « Un pays qui ne voit plus vers l’avenir de ses enfants est un pays qui va être décadent. » 👉 Par ailleurs, Bruno Faure (RFI) a animé une conférence intitulée «L'arme méconnue des paiements internationaux» qui a permis un échange riche entre Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France ; Isabelle Mateos y Lago, cheffe Économiste du groupe BNP Paribas ; Marianne Demarchi, directrice générale Europe - Moyen Orient – Afrique du réseau SWIFT et Marc-Olivier Strauss-Kahn, directeur général honoraire de la Banque de France, professeur à l'ESCP, l'ESSEC, HEC et SciencesPo. Un résumé de la conférence à partir de 40'00'', elle est à visionner dans son intégralité ici 🎙️ Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France « Personne n’a intérêt à une crise brutale du dollar, elle mènerait à une crise financière. » « Les États-Unis ont choisi de privatiser la monnaie. Pour l’Europe, c’est une opportunité. » 🎙️ Isabelle Mateos y Lago, cheffe économiste de BNP Paribas « 99 % des 350 milliards de stablecoins sont adossés au dollar. L’Europe n’est nulle part. « Il y a plus d'émission de stablecoin en Afrique allant vers le reste du monde qu'en Europe. » 🎙️ Marianne Demarchi, réseau Swift « Swift est le pont invisible qui relie les économies, les banques et les institutions financières. » « Il faut embrasser les nouvelles technologies, mais garder une gouvernance mondiale. » 🎙️ Marc-Olivier Strauss-Kahn, professeur d'économie « Les stablecoins en dollars sont les chevaux de Troie américains, des dollars masqués investis dans la dette publique des Etats-Unis. » « La fragmentation financière nous mène vers un Moyen Âge numérisé. » 👉 Enfin, pour analyser la politique de Donald Trump en matière de concurrence et de régulation, la parole est donnée à Benoît Coeuré, président de l'Autorité française de la Concurrence, intervenant lors du panel "Comment Trump dérègle concurrence et finance" 📻 Réalisation : Steven Helsly 🎵 Musique : Marie Froès - Figa de Guiné 🎧 Ne manquez pas nos invités de l'économie


